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Organisé par : Charles Papier, Géraud, Manufacture Errata, Barbapop, Guillaume Soulatges, Ubik, Stéréotype, Madame Lapin, Marie-Luce Schaller, Nelio. EDITO : Ce texte n'aura pas pour fonction de présenter l'ensemble des attitudes et des productions qu'accueillera ce troisième grand Salon de la micro-édition, lesquelles sont heureusement trop diversifiées pour constituer un ensemble, une "scène" cohérente ou normée. Il entend simplement évoquer la spécificité d'une approche du faire, ce faites-le vous même qui ne relève ni de l'acception scolaire du terme "pratique artistique", ni d'un artisanat ressuscitant le douteux concept de métier, ni non plus d'un quelconque "art brut" : "It was easy, it was cheap... Go and Do It !" Ce qui s'oppose à la communication, c'est le bruit. Loin du beau livre, du catalogue d'exposition ou d'un volume de la Pléiade, des ouvrages improbables, mal faits, imprimés le plus souvent avec les pieds par des gens souvent trop arrogants pour se soumettre au jugement d'un véritable éditeur, sont publiés. En 1977, le groupe anglais The Desperate Bicycles produisait pour à peu près deux cents Livres leur second single et la chanson manifeste de la scène punk DIY, The medium was tedium (le médium était sans intérêt). La célèbre assertion du théoricien de la communication Marshall McLuhan, "The medium is the message" (Understanding Media, 1964), était démentie en actes par quelques morveux probablement défoncés à la colle. Dans le sujet qui nous occupe ici, à savoir la production de fanzines graphiques actuelle, le medium, le support me semble une question tout à fait subsidiaire au regard des intentions qui semblent animer cette scène. Un peu partout, des groupuscules se forment, puis éclatent. Avant leur mort certaine, ils s'arment d'une photocopieuse pourrie et d'une agrafeuse, tentent maladroitement d'apprendre la sérigraphie dans une MJC de banlieue. Le résultat est parfois touchant, plus souvent sans intérêt, mais des livres paraissent, destinés à un public quasi-inexistant. Il ne s'agit pas là de livres éthiques, recyclables ou respectueux du lecteur. Nulle noblesse dans une telle attitude, mais le refus d'être adulte, l'impatience. Il s'agit de produire quelque chose, ici et "Maintenant", pour reprendre le titre de l'un des premiers proto-fanzines, la revue d'Arthur Cravan, le poète aux cheveux les plus courts du monde, au début du vingtième siècle. Des productions faciles et pas chères... Il est moins question d'un art dévalué que d'un art de la dévaluation, cependant. Il faut une science singulière pour produire les oeuvres laides, idiotes ou violentes qui seules pourront s'opposer tant au silence d'église des musées qu'au bruit de bottes de la culture de masse. Prenant le contre-pied de la définition classique de l'art comme simple métier, les artistes des scènes underground l'envisagent plutôt comme une pratique sociale et tangible. Ce qui importe, c'est l'espace intermédiaire qui se crée entre l'oeuvre, telle ce livre, et le lecteur, à savoir une relation esthétique, mais une relation esthétique qui ne nécessite ni glorification, ni médiation. Si l'objet de l'art est bien de créer de la communauté, il est ici question d'une communauté affinitaire, instable et toujours renégociée. Tandis que la contemplation de la Joconde au Louvre suppose l'adhésion à un projet global de société, libre au lecteur de rejeter ce qui lui est proposé dans l'underground, attitude la plus courante face aux "Dossiers noirs de l'Histoire" de Fredox, pour prendre un exemple de l'esthétique bruitiste et volontairement irrécupérable de ce qu'a produit la scène DIY ces dernières années. Dès lors, l'injonction "Allez-y, faites le !" résonne moins comme un encouragement que comme un défi. Qui, en réalité, aurait envie de se vautrer dans l'abjection et de produire des œuvres pathétiques, sinon des pervers ? Pareillement, pourquoi vouloir se couper du public et œuvrer dans l'ombre ? C'est qu'il y a une jubilation particulière à semer le doute, prôner le découragement, inviter à la désertion ou détruire gratuitement. La scène graphique underground affiche donc avec arrogance ou plus modestement une vitalité toujours certaine dont ce recueil, et plus encore, souhaitons-le, cette troisième édition de Grand Salon pourront témoigner. Guillaume Soulatges RETOUR SUR LA SOIRÉE DE LANCEMENT Mercredi 29 février 2012 Parution de notre livre-programme : ![]() ![]() |
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